Vers un retour en 2026 du festival photo « Les silences du Ventoux » ?
Le Géant de Provence n’est pas qu’un stade de cyclisme à ciel ouvert. Dans l’ombre de ses combes et la lumière crue de son sommet, une communauté de photographes de nature œuvre pour la reconnaissance d’un patrimoine fragile. Entre l’héritage d’un festival disparu, l’émergence de nouveaux talents comme Aimevhé et Lenny Vidal, et les enjeux des municipales de 2026, le territoire semble prêt pour une renaissance photographique.
Le Mont-Ventoux est un paradoxe de calcaire. Chaque année, des milliers de visiteurs se pressent sur ses flancs, capturant à la hâte des selfies au sommet. Pourtant, à l’écart du bitume, une autre photographie existe : celle du temps long, de l’affût et de la lumière juste. C’est cette pratique, exigeante et poétique, qui réclame aujourd’hui un porte-voix. En coulisses, l’idée d’un retour d’un grand événement en 2026 fait son chemin.
L’héritage : Quand le silence faisait du bruit
Pour comprendre l’attente actuelle, il faut remonter à 2011. À cette époque, le festival « Les Silences du Ventoux » voyait le jour à Sault, sous l’impulsion de passionnés comme Nicolas Ughetto et Jean-Paul Soujol. Durant cinq éditions, cet événement a su imposer une vision éthique de la photographie nature, centrée sur le respect du biotope et la célébration de la biodiversité locale.
Depuis sa disparition en 2015, un vide s’est installé. Si le Ventoux est omniprésent sur Instagram, il a perdu son rendez-vous de réflexion et de contemplation. Ce manque n’est pas seulement culturel, il est aussi identitaire pour un Parc Naturel Régional (PNR) qui cherche à équilibrer sa fréquentation.
Aimevhé et Lenny Vidal : Les sentinelles du regard
Aujourd’hui, la relève est là, portée par des figures qui refusent de céder à l’image « consommation ».
Aimevhé incarne cette quête de l’invisible. Loin des podiums cyclistes, ce photographe naturaliste vauclusien pratique une photographie de l’instant volé au sauvage. Son travail sur la faune du massif est un plaidoyer pour l’éthique : ne jamais déranger, se fondre dans le décor. Pour lui, le Ventoux est une terre de mystère qui se mérite au prix d’heures d’immobilité dans le froid.
Lenny Vidal, surnommé par certains le « peintre de la lumière », sublime les contrastes saisonniers. Ses ouvrages et ses calendriers pour 2026 témoignent d’une maîtrise technique mise au service d’une vision quasi mystique du Géant. Ensemble, ils prouvent que la photographie peut être un outil de conservation, une manière de dire l’urgence de protéger ce château d’eau de la Provence.

Un écosystème en ébullition : Des clubs aux signaux de Villedieu
Cette vitalité ne repose pas uniquement sur des individualités. Elle est nourrie par un réseau associatif dense. À Bédoin, le club des « Flous du Ventoux » entretient la flamme par des marathons photos et une présence constante sur le terrain. Plus loin, le Photo-club de Courthézon, institution historique créée en 1957, continue de former les regards, faisant le pont entre la tradition argentique et les nouvelles écritures numériques.
Mais c’est à Villedieu qu’un signal faible, mais crucial, a été envoyé en décembre 2024. Une exposition confidentielle, initiée par Christian Paris, a réussi le tour de force de réunir les grands noms de l’image locale (Vidal, Bagnol, Ropa…). Pour beaucoup d’observateurs, cette initiative aux airs de « micro-festival » était une répétition générale, une preuve par l’image que les acteurs locaux sont prêts à s’unir.
2026 : L’enjeu économique et politique
Pourquoi viser 2026 ? L’échéance est double. Économiquement, l’exemple du Chamonix Photo Festival fait rêver. En installant un événement de haute tenue en automne ou au printemps, la cité alpine a réussi à dynamiser ses « ailes de saison ». Le Ventoux, souvent saturé en juillet et désert en novembre, pourrait ainsi attirer un tourisme de qualité, plus lent et plus respectueux, capable de remplir les gîtes et restaurants hors des pics de chaleur.
Politiquement, l’année 2026 sera celle des élections municipales. Pour les candidats des communes du pied du Ventoux, porter le retour des « Silences » est un argument de poids. Il s’agit de proposer un projet de territoire qui fédère autour de l’écologie et de la culture, loin des polémiques sur la circulation au sommet.
Conclusion : Faire du silence un événement
La question n’est plus de savoir si le Ventoux est photogénique, mais si le territoire saura offrir un écrin à cette beauté. Entre la rigueur naturaliste d’Aimevhé, la poésie de Lenny Vidal et la volonté des clubs locaux, tous les ingrédients sont réunis. Il ne manque qu’une volonté politique commune pour que, dans deux ans, le silence ne soit plus une absence, mais une célébration. 2026 sera-t-elle l’année où le Géant retrouvera enfin son regard ?

